Le Privilège, un nouveau resto sur la Croisette
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C'est l'histoire de Loïc Marcille, un jeune homme parti au Canada pour faire carrière. Huit ans après, malgré une intégration parfaite et un bon boulot, il se voit contraint de quitter le pays. De péripéties administratives en casse-tête juridique, Loic se voit refuser le droit de rester au Canada pour de bon. Echec du concept, très canadien, de l'immigration choisie ? Entretien.
Racontez-nous, comment vous-êtes vous retrouvé dans cette situation ?
Loïc Marcille J'étais scolarisé en France à l'ESC Montpellier quand je suis arrivé pour la première fois au Canada. C'était à l'été 2003. J'ai effectué un échange universitaire d'une année. J'y suis retourné un an plus tard, accueilli par une entreprise montréalaise. A l'été 2005, au terme de mon stage, je poursuis ma dernière année en Inde pour un autre échange universitaire. Mais après un semestre, l'ESC Montpellier et l'université indienne ont des problèmes contractuels ce qui m'oblige à quitter le pays pour poursuivre dans une université partenaire à l'étranger… et c'est au Québec, à l'Université Laval, que j'atterris ! En 2006, je suis diplômé et étant donné mes bons résultats, l'Université Laval m'invite à y poursuivre ma scolarité afin d'obtenir un MBA que j'obtiens en 2007. C'est alors qu'on me délivre un permis de travail post-diplôme de trois ans sur le territoire canadien.
Après un premier job de gérant de magasin, puis un second de coordinateur marketing, vous entreprenez des démarches pour obtenir la résidence permanente. Et c'est là que ça commence à se gâter...
En février 2010, j'obtiens un CDI chez Remstar, dans le domaine de l'audiovisuel. En mettant en marché des productions québécoises, ma mission consiste à promouvoir la culture québécoise. Je suis d'ailleurs reconnu pour mon travail par la presse nationale . Je suis aussi invité par Infopresse (média de référence en matière de marketing et de communication) à donner une conférence pour expliquer le succès de la dernière campagne que j'ai mise en place pour la sortie d'un des plus gros films québécois de l'année. Suite à ses succès, j'obtiens une promotion en tant que Marketing Manager toujours au sein de Remstar mais aussi chez V (chaîne TV généraliste - équivalent en France : M6 – propriété de Remstar).
Tout se complique pour vous , il y a donc quelques mois.
En décembre 2010, mes démarches pour obtenir la résidence permanente sont entamées depuis plus d'un an et demi et mon permis de travail arrive à échéance. Malgré plusieurs tentatives, il m'est impossible d'avoir une réponse claire sur le statut de ma demande. L'Immigration me demande donc de faire un renouvellement de permis, que j'effectue dans les délais. En attendant qu'une décision soit prise, je conserve le droit de travailler à condition que je ne quitte pas le territoire (on oublie donc les fêtes de Noël en famille à Nice). Le mois dernier, on signifie à mon employeur que ma demande de renouvellement de permis est refusée pour les trois raisons suivantes :
Ceci étant dit, on accorde 60 jours à mon employeur pour présenter "tout autre document permettant de satisfaire aux conditions requises". Quelques jours plus tard, coup de théâtre. Je reçois personnellement une lettre d'Immigration Canada m'informant que je ne détiens "pas de statut de résident temporaire au Canada" que je dois "quitter immédiatement le territoire sans quoi des mesures exécutoires pourraient être prises contre [moi]". Automatiquement je perds donc mon emploi.
Quels sont vos recours au Canada ?
En huit ans, j'ai toujours été en règle avec l'immigration. Je n'ai aucun dossier criminel. Je paie mes impôts. Ayant un statut de résident temporaire (permis de travail de trois ans), je n'ai droit à aucune aide sociale (incluant l'équivalent de la sécurité sociale). Pour me défendre, j'ai pris contact avec des avocats spécialisés en immigration afin de savoir ce qu'il en est exactement et quels sont mes recours possibles. J'ai écrit à la Ministre de l'Immigration pour parler de ma situation mais aussi pour soulever une faille gigantesque dans ce système d'immigration : le gouvernement québécois se plaint d'avoir une immigration non francophone, non qualifiée, qui ne s'intègre pas que ce soit socialement ou professionnellement, qui vit sur l'aide sociale. Je lui demande donc ce qu'il me faut de plus pour être intégré aux yeux du gouvernement sachant que tout le monde ici, amis, connaissances, collègues et industrie, me considère comme l'un des leurs. La réponse du ministère me laisse sans voix. Leur conclusion confirme que pour eux je ne suis pas encore intégré. Selon les avocats, comme je suis devenu "illégal", je dois effectivement quitter le territoire pour ne pas entacher mon dossier de résidence permanente et attendre sagement de rétablir un statut légal. De mon côté, au bout de huit ans d'intégration que je considère comme réussie et sans fausse note, je ne compte pas m'engager dans des procédures juridiques longues et couteuses. Pour moi, c'est la lenteur de l'administration qui m'a mise dans cette situation.
Quel bilan pourrait-on tirer de votre expérience ?
Je me bats énormément pour conserver le droit de rester ici, je me sens comme une arapède, mais je ne trouve pas ça normal étant donné mon parcours exemplaire. Si je pars, ce sera véritablement sans regret car j'ai tout fait. J'ai clairement fait preuve de ténacité, tout en utilisant mon expertise en communication, notamment à travers l'usage des médias sociaux. À titre d'exemple, je fais partie des personnes les plus populaires sur twitter cette semaine à Montréal, devançant Lady Gaga (en concert à Montréal cette semaine) ou certains joueurs de hockey des Canadiens de Montréal, éliminés des Play-Off. Les gens sont indignés, beaucoup me disent avoir honte d'être Canadien. Je pensais être un cas isolé, un dossier tombé entre deux chaises, mais depuis la médiatisation de cette affaire, je reçois beaucoup de messages me signalant qu'il y a beaucoup de personnes, souvent des Français d'ailleurs, qui subissent actuellement le même traitement.
C'est donc l'échec de l'immigration à la canadienne.
Ce n'est pas nouveau, la survie du Canada passe par l'immigration. À travers mon cas personnel, je déplore l'hypocrisie générale des personnes au pouvoir qui passent leur temps à se plaindre de l'intégration des immigrants, qui disent faire tous les efforts du monde pour l'améliorer. Les gouvernements du Québec et du Canada viennent nous chercher en France via des campagnes de communication d'envergure, nous promettent études de qualité et emplois à la sortie. Non, le Canada ce n'est pas aussi beau que sur les affiches, les grands espaces verts et tout ce qu'on se représente depuis la France.
Pour vous c'est donc retour à la case départ, en France. Un détour par Nice ?
À moins d'un retournement de situation, oui. Dans un premier temps pour débrancher, pour me ressourcer, ne plus penser à tout ça et profiter de la famille, de la socca et de l'OGC Nice. Ensuite, on verra ce qui va se passer, rien ne garantit un retour au Canada même si je rétablis mon statut. Aujourd'hui je suis traité comme si j'étais arrivé hier, sans prise en compte du bagage accumulé depuis huit ans et surtout sans aucune considération humaine. Le comble, c'est que je pourrais partir demain pour faire preuve de coopération comme on me le demande et recevoir ma résidence permanente après-demain. Partir implique beaucoup de gestion au niveau humain et matériel. Une fois parti, est-ce que je reviendrai ? Combien de temps attendre en France avant d'obtenir mes papiers ? Après ce que l'on me fait vivre, je n'ai plus forcément envie de contribuer à cette société. D'un autre côté, huit ans ce n'est pas rien, ma vie est ici, mes amis, mon réseau, ma carrière. En France, je n'ai quasiment plus aucun contact, donc tout est à rebâtir. À moins que parmi vos lecteurs quelqu'un soit à la recherche d'un spécialiste en marketing dans l'industrie du sport ou du cinéma et de la télévision…
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